WORKSHOP, LA COMÉDIE – REIMS

Ève Magot, 2022

Sur une proposition du Manège, scène nationale-Reims dans le cadre de l’Association d’artiste de Nina Santes & La Fronde 2021-2024.

Workshop avec les élèves de la formation LA CLASSE de la Comédie, centre dramatique national du 3 au 21 janvier 2022.

Les trois films présentés ici sont des traces de nos rencontres. Ils sont réalisés en collaboration avec Cali Tomas.

Nous pouvons faire les choses différemment | Texte #1 – Formation

En Janvier 2022 j’ai donné trois semaines de workshop aux étudiant·es de la Classe de la Comédie de Reims, formation de 2 ans pour jeunes act·eur·rices que proposent ce Centre Dramatique National.

J’avais préparé un déroulé des expériences que je voulais leurs proposer : les échauffements, pratiques somatiques, travail d’ateliers, d’écritures du mouvement, de textes, d’autonomisation, de position de l’interprète aut·eur·rice de son mouvement, de sa partition, des fondamentaux de danses qui m’ont été transmis et que je passe à mon tour (en citant leurs origines et inscrivant une filiation-historicité), de jeux avec le corps, de contacts, de modalités d’improvisations, de construction du groupe et de la confiance dans l’expérimentation, de balades en extérieur et d’improvisation dans le bâtiment, d’intrusion dans les bureaux pour y amener ce qu’on fait et qui est invisible, de questions spécifiques à mon travail de création et de recherche, de préparation à filmer leurs danses et rapports à la caméra.

Un gros travail de préparation même si je sais que chaque jour je me laisse surprendre par ce qui se présente, que je leur demanderai ce qu’ielles souhaitent faire, que j’accueillerai un maximum leurs envies dans le cadre riche et fourni que je propose. Et chaque jour je serai surprise par ce qui apparaît.

Dans le train pour les rejoindre le premier jour, je suis face à mon sentiment d’illégitimité. Tout le monde pourrait leur apporter ce que j’ai planifié, ça n’a rien d’extraordinaire. Rien que du connu : mon sabotage.

Je ne me laisse pas partir dans cette spirale et me mets face à moi, mon histoire de formations et de travailleuse de ce secteur culturel. Je me pose une question : qu’est ce que je peux leurs apporter de fondamentales en pleine formation et début de carrière éventuelle ?

Ça ne tient pas dans ce qu’on va faire mais dans comment nous allons le faire, comment nous allons travailler ensemble, avec quelle dynamique de pouvoir et de domination, avec quels rapports à l’autorité et à l’autoritarisme, avec quel rapport à la violence et à la culture du viol et du consentement, avec quel rapport à l’accueil des individus dans leurs différences et moments de vies, avec quels rapports à la coopération et la compétition ?

C’est une des bases de mon travail, de mes recherches, de mes combats : essayer de faire différemment et ne pas reproduire les violences que j’ai subi, ou identifie, en formation, en compagnie, dans les rapports avec les partenaires institutionnels, lieux d’accueils, services culturelles des villes, régions et de l’état, dans la vie plus largement.

Nous pouvons faire les choses différemment.

Je crois avoir commencé le tour de parole d’accueil avec le fond de ce qui précède. Je ne crois pas que ce soit habituel et j’ai perçu la surprise de la direction.

J’ai pris soin de ne pas me laisser guider par mes coups de cœurs pour l’une ou l’autre. Je ne suis pas là pour vous aimer. Je le répète je ne suis pas là pour vous aimer alors vous n’avez rien à faire pour vous faire aimer de moi. Vous n’avez pas à me séduire, je ne veux pas vous désirer. Je suis là pour que vous travailliez, exploriez, goûtiez, découvriez, toutes et tous, en vous donnant autant que je le peux la même attention ; en y mettant une grande attention dans tout les cas. Je veux vous aider à construire de la confiance en vous, en vos qualités, en vos compétences, en votre légitimité. Je ne suis pas là pour vous sélectionner. La sélection ce n’est pas l’apprentissage. La sélection c’est la servilité à des systèmes qui produisent de la hiérarchie, de la détresse, de la tristesse, des gagnant·es qui ne se rendent même pas comptent de leurs positions privilégiés avant même le début de la course, des perdant·es abimé·es, une société névrosée qui ne veut pas que chacun·e s’épanouissent à sa juste place avec les mêmes droits, qui entretient le mythe de la méritocatie et qu’il n’y a pas de la place pour toutes et tous.

Je ne suis pas là pour vous aimer. Mais je vous aime, hein !

Bien sur je peux être touchée par une physicalité, une façon de bouger, de penser, d’être, mais je ne suis pas là pour me laisser gouverner par ces émotions et donner de façon discriminante plus ou moins à l’un·e ou l’autre en fonction de mes goûts. Mes goûts, ici, là, avec des jeunes en formation, on s’en fout.

Nous pouvons faire les choses différemment.

Nous les avons faites différemment : dans la coopération, la douceur, l’exigence dans le travail, avec beaucoup d’amour, de soin et de plaisir.

J’ai vécu une formation en danse de deux ans, très riches et formatrice et aussi profondément maltraitantes et traumatisantes, remplies de violences, de dominations, d’humiliations, de dégradations de l’estime de soi, de compétitions, de perdant·es et de gagnant·es à la grande loterie de qui à la droit de danser ou juste d’exister. Je ne vais pas lister ici mes souvenirs de ces violences. Il y a eu aussi de merveilleux moments, des découvertes, des rires, des tournées, des amitiés durablement construites, de l’amour tellement fort. Je prend ma part de responsabilité dans les dynamiques que j’ai vécu et entretenu pour autant j’étais étudiante et c’est la direction qui a choisi son cadre pédagogique, ses méthodes d’enseignements, les formateu·r·rices, les chorégraphes invité·es, ses processus de mise en compétition, le rapport à une domination écrasante et finalement le degré de violence. C’est toujours l’institution qui pose le niveau de violence.

Comme tout les épisodes de maltraitances que j’ai vécu, j’en porte encore les traces et cicatrices, le trauma. Et puis après j’ai connu ça en compagnie, avec certain·es chorégraphes et équipes de productions, administrations, diffusions ou collègues. Puis après avec les partenaires dans les lieux de productions et diffusions, puis avec les partenaires dans les services du ministère de la culture, des villes.

Une culture basée sur la compétition et la violence et qui remet peu en question ses modalités de fonctionnement. Qui les renforce même et valorise celles et ceux qui respectent ce jeu.

Alors oui nous pouvons faire les choses différemment.

C’est déjà le cas à plein d’endroit, continuons de pousser.

Ps : je n’existe pas en dehors de ces dynamiques et produis de la violence, de la discrimination et des rapports de dominations.

28 mai 2022

ATELIERS

Les artistes de La Fronde sont expert·es en transmissions et en créations de dispositifs de partages de leurs arts vivants et de leurs œuvres : danses, chants, chorégraphies, techniques du spectacle.

Ielles sont formé·e·s, diplomé·e·s et défendent des pédagogies qui s’éloignent des rapports de dominations et de violences et encouragent la coopération, la mise en valeur de soi et des différences, les pratiques artistiques comme arts de la transformation.

Nos pratiques artistiques existent sous différentes formes et sont pensées pour être partagées : parfois lors de spectacles parfois lors de temps de pratiques et d’ateliers durant lesquels les participant·es sont acteu·r·rices et s’engagent physiquement dans la découverte de nos univers.

Nous refusons la frontière entre pratique de la scène et pratique avec les publics, et travaillons à la mise en lumière et valorisation de ces dernières.

Les recherches que nous menons proposent différentes expériences : parfois nous avons besoin d’être seul·es ou avec des collaborateu·r·ices privilégié·es, parfois nous avons besoin et envie d’ouvrir à un public plus large nos expérimentations.

Nous co-créons des dispositifs de rencontres et de pratiques sur mesure en fonction des réflexions qui nous animent et des partenariats que nous développons.

Contactez-nous si vous souhaitez que nous imaginions et designons ensemble des interventions sur mesures dans vos théâtres, formations professionnelles, en milieu scolaire, hospitalier (IME, EPHAD, hôpital) ou carcéral.

Les ateliers de La Fronde s’adressent à toutes et tous : novices, curieuxse, amateu·r·ices éclairé·es, professionnel·les ; et cultivent des espaces accueillants et non discriminants. Ils peuvent prendre la forme de :

– temps cours de transmissions et de découvertes de la danse contemporaine et de ses fondamentaux.

– temps longs pour plonger plus profondément dans les fondamentaux techniques propres à nos arts mais aussi les univers spécifiques de chacune de nos oeuvres.

– créations participatives.

Quelques exemples :

COVEN de Nina Santes est un workshop expérimental d’une semaine en non mixité choisi.

Prendre le large, Rêver-les, Saisir au passage et ses Constellations sont des projets menés en collaboration avec Agathe Pfauwadel et la Cie Pasarela depuis 2012 et en partenariat avec le département de Seine Saint Denis, la DRAC IDF, l’ARS, l’IME Itard, L’IME Moulins Gémeaux.

DES AUTRES PARADIS de Ève Magot est une pièce participative qui s’est déployé en même temps que le trio DES PARADIS.

– CLEA (contrat local d’éducation artistique) en partenariat avec La Briqueterie CDCN et la DRAC IDF mené en 2015.

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